Samedi dernier, le facteur a klaxonné devant le portail. Il avait un carton plus lourd que prévu. Dedans, trois exemplaires de mon livre encore tièdes. Soan (6 ans) a déchiré le papier bulle avant que j’aie fini de signer le bon de livraison. Anouk (9 ans) a lu le titre à voix haute et a dit « Ah, tu as mis notre cabane en couvertures dedans ? ». C’est dans ces moments-là qu’on mesure un truc. Huit jours avant la sortie officielle, c’est encore le vertige.
Le livre s’appelle 50 activités nomades pour éveiller vos enfants (4-8 ans). Il sort chez un éditeur indépendant le 28 mai, mais le compte à rebours a commencé bien avant. Huit jours, c’est le temps qu’il me reste pour vous raconter pourquoi je l’ai écrit, ce qu’il contient, et surtout ce qu’il ne contient pas.
Mon parcours ne ressemble pas à celui d’une auteure de cahiers d’activités. Avant de vivre six mois par an sur les routes, j’étais libraire jeunesse. Je voyais défiler des rayons entiers de livres “créatifs” qui nécessitaient d’avoir chez soi un atelier digne d’une école Montessori : papier de soie, perforatrices formes, gommettes repositionnables, pistolet à colle. Pour une famille qui change de lieu chaque semaine, c’était absurde. Je me suis dit qu’il y avait une autre voie. Une voie où la créativité ne s’achète pas en kit, mais se cultive avec ce qu’on a sous la main.
C’est cette intuition qui a donné naissance au manuscrit. Je ne voulais pas un énième best-of Pinterest. Je voulais des activités qui tiennent sur le rabat d’un sac à langer, avec du ruban adhésif, des cailloux trouvés le matin et une paire de ciseaux. Des activités qu’on peut lancer un soir d’orage en location vacances, sans avoir à courir jusqu’à un magasin.
Un livre né d’un double refus
Le premier refus, c’était celui des parents qui me disent « je ne suis pas créative, je ne dessine pas ». Pendant trop longtemps, les livres d’activités se sont adressés aux mamans qui ont une pièce dédiée, des pots à crayons rangés par couleur et une imprimante couleur. Mon livre s’adresse à l’inverse : la mère épuisée un mercredi après-midi, qui veut proposer quelque chose de beau à son enfant sans avoir à préparer trois heures avant. C’est pour ça que les activités démarrent souvent d’un simple objet du quotidien (un rouleau de papier toilette, une orange, une lampe de poche).
Le deuxième refus, c’est celui de l’enfant-consommateur. Dans un monde où les applications et les jeux préfabriqués occupent chaque minute, j’ai voulu redonner une place au temps long, à la manipulation, au raté. Aucune activité du livre ne promet un rendu “instagrammable”. On y parle plutôt du plaisir de faire une tour avec des branches, de voir si elle tient debout, et de recommencer.
Ce double refus, je l’ai matérialisé en une règle simple : zéro matériel introuvable. Ça veut dire pas de perles Hama, pas de feutrine adhésive, pas de paillettes. Ceux qui me suivent sur le site savent déjà que notre vie oscille entre une petite maison en Vendée et un van qu’on appelle Anton. Dans un espace de 5 mètres carrés, on n’a pas de matériel de loisir créatif. On a une trousse, une paire de ciseaux, du scotch, et un couteau suisse. C’est avec ça que j’ai testé les 50 activités. Et quand il fallait plus, je demandais à mes enfants d’aller glaner dehors.
Ce que la créativité apporte au développement (sans jargon)
!A fountain pen on an open notebook, a small potted fern, a steaming cup of tea, warm sunlight casting soft shadows on a
On ne va pas se mentir. Mon parcours en librairie jeunesse m’a appris une chose : les parents sont saturés de discours experts. Alors j’ai choisi de ne surtout pas écrire un manuel de psychologie cognitive. Pourtant, l’éveil de l’enfant est au cœur de chaque page. Simplement, je l’explique avec des mots simples, sans théorie à citer.
Les activités que je propose sollicitent presque toujours plusieurs “intelligences” en même temps. Par exemple, une chasse aux trésors dans la nature ne fait pas que bouger le corps ; elle demande de décoder des indices (langage), de coopérer si on joue à deux (sociabilité), et parfois de compter. C’est ce mélange qui rend l’activité riche, bien plus qu’un coloriage prédécoupé. Je ne crois pas aux activités qui occupent l’enfant pour qu’il nous fiche la paix. Je crois aux activités qui créent un lien, même si ce lien dure cinq minutes avant que ça dégénère pour une histoire de tétine perdue.
Dans le livre, j’ai glissé quelques clés de lecture pour celles et ceux qui veulent comprendre ce qui se joue derrière une simple construction de cabane. Pas pour faire savant, mais pour rassurer : oui, cette heure passée à empiler des coussins, c’est utile. Oui, votre enfant apprend quelque chose. Et vous n’avez pas besoin d’avoir lu Vygotski pour le savoir.
💡 Conseil : La prochaine fois que votre enfant passe trente minutes à aligner des pierres, observez. Sans rien dire. Vous verrez émerger des motifs, des catégories de tailles, des tentatives d’équilibre. C’est de la pensée logique en action.
Les 50 activités qui ont survécu à nos essais
C’est la partie que j’ai préférée écrire. Et aussi la plus frustrante. J’avais une liste de 80 idées au départ. Une vingtaine ont disparu parce qu’elles ne fonctionnaient pas dans la vraie vie. Soan a testé. Anouk a testé. Les enfants de mes amies, qui n’ont jamais mis les pieds dans un van, ont testé aussi.
Résultat : 50 activités, regroupées en six chapitres qui suivent le rythme d’une semaine type, y compris les jours où on ne sort pas. On trouve par exemple :
- “Le théâtre d’ombres chinoises sous la table” (une lampe, un drap, des mains).
- “Le bain libre de la poupée” (une bassine, un peu d’eau, des gobelets).
- “Le parcours sensoriel en extérieur” (pieds nus sur l’herbe, le gravier, la mousse).
- “Les biscuits minute en van” (une recette sans balance, avec des mesures en tasses).
Chaque activité est présentée avec l’âge indicatif, le matériel et le temps nécessaire, mais aussi un petit paragraphe “Et si ça floppe ?”. Parce que l’enfant refuse de participer, ça arrive. Dans ces cas-là, je propose une variante ou une échappatoire. J’ai détesté les livres qui supposent que tout se déroule comme prévu. Ici, on assume que la moitié des activités se termineront en jeu libre imprévu, et c’est très bien comme ça.
J’ai aussi inséré un outil qui permet de repérer quel type d’activité plaît le plus à son enfant (manipuler, parler, bouger, observer) sans jamais nommer les “intelligences multiples” dans le texte. Trop souvent, les parents ressortent d’une lecture avec une étiquette en tête “mon enfant est kinesthésique”. C’est réducteur. Je préfère dire “en ce moment, ton enfant préfère les activités où on touche et on construit”. Les goûts changent.
Pourquoi j’ai écrit ce livre maintenant
!An open laptop with a partially typed manuscript, a steaming coffee mug beside it, morning light from a window illuminat
Il y a un an, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre. J’avais assez à faire avec les articles du site, la couture le dimanche, les nuits de réveils quand Soan perdait sa dent. Et puis une éditrice m’a contactée après avoir lu mon article sur les activités sans matériel. Elle m’a dit “votre approche est différente, vous ne vendez pas du rêve, vous montrez les galères”. J’ai accepté de lui envoyer un synopsis un soir de colère contre un énième cahier de vacances bourré de collages prêts à l’emploi.
Dès le deuxième chapitre, j’ai senti que ce projet me tenait à cœur plus que tout ce que j’avais fait auparavant. Parce qu’il reliait tout le reste : la vie nomade, mon ancien métier, la conviction qu’on peut élever des enfants curieux sans dépenser un salaire chez un géant suédois. Et puis, il y avait cette petite voix qui me disait que si je n’écrivais pas ce livre, une autre le ferait peut-être à ma place. Et je n’aurais pas supporté qu’il soit rempli de paillettes.
Le manuscrit final ne ressemble pas totalement à ce que j’avais imaginé. Mon éditrice a fait supprimer la moitié des digressions (j’avais tendance à y glisser des anecdotes de naissances en van, hors sujet). Elle a aussi insisté pour que le sommaire soit coloré et lisible par un enfant. C’est finalement Anouk qui a choisi les couleurs.
Le commerce de la créativité, je le regarde de loin
Vous ne trouverez pas de publicité pour un matériel spécifique dans ce livre. Je n’ai pas d’action chez un fabricant de colle. Les marques citées — quand il y en a — sont celles dont tout le monde dispose (du Sopalin, une éponge, du film étirable). Ce choix éditorial n’a pas été simple à défendre. On m’a suggéré d’intégrer des “kits clés en main” à commander en ligne. J’ai refusé. Je ne veux pas convertir un élan créatif en panier d’achat.
Mon seul espoir, c’est que le livre vive dans vos sacs, qu’il se corne, se tache de compote, se cache sous le siège passager du véhicule. Que vous le sortiez un jour de pluie en vacances, quand le réseau ne passe pas. Pas qu’il trône joliment sur une étagère entre deux ouvrages déco.
Le matériel de puériculture nomade, je le connais bien, mais ce livre est la preuve que l’essentiel pour éveiller un enfant ne se range pas dans un placard.
Huit jours pour boucler les derniers détails
!A wall calendar with a red marker crossing off the day ‘8 days left’, a pair of reading glasses resting on a printed man
D’ici le 28 mai, il me reste à répondre aux interviews que je redoute, à coller des étiquettes sur quelques exemplaires pour les envoyer à mes proches, et à ne pas céder à la panique du « et si personne ne l’achetait ? ». Soan a déjà planifié de l’offrir à sa maîtresse pour la fête de l’école. Anouk réclame de le dédicacer à ses copines. Le livre fait déjà partie de notre vie de famille, avant même d’atteindre les librairies.
D’ailleurs, la distribution est exclusivement en librairie et sur des plateformes indépendantes. Pas de géant de l’e-commerce. C’était une condition de mon contrat. Pour l’anecdote, le premier tirage est arrivé avec une coquille page 32 (il manque un accent sur le prénom de ma propre fille, une honte). On corrigera au deuxième.
Questions fréquentes
Est-ce que les activités sont adaptées à des enfants qui vivent en appartement, sans accès à un jardin ? Oui. Plus de la moitié des propositions fonctionnent en intérieur, avec des objets du quotidien. Les activités de type “parcours sensoriel” peuvent être adaptées dans une salle de bain ou sur un balcon. Le livre précise toujours une alternative pour les espaces réduits.
Le livre contient-il des pages à découper ou du matériel détachable ?
Non. C’est volontaire. Un livre qu’on détruit page après page ne survit pas à un road trip. J’ai préféré des instructions claires et des croquis, sans consommables intégrés.
Est-ce que je peux le commander directement depuis votre site ou les réseaux sociaux ?
Non. Je ne gère pas de boutique en ligne. Vous le trouverez chez les libraires qui acceptent de le commander, ou via le diffuseur de l’éditeur. L’idée est de soutenir les commerces de proximité, ce que j’ai défendu pendant mes années de librairie.
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