Janvier 2015. Anouk a 18 mois, je suis enceinte de Soan de 4 mois, et je noircis un carnet de bonnes résolutions. Cuisiner des purées maison chaque jour. Reprendre le sport (rire jaune). Ranger le linge avant qu’il ne déborde du canapé. Proposer une activité d’éveil quotidienne. Et surtout : profiter de chaque instant. Trois semaines plus tard, le carnet traînait sous une pile de couches, j’avais les cernes jusqu’aux genoux et je culpabilisais de ne même pas cocher une ligne. C’est là que j’ai compris que le problème n’était pas ma motivation : c’était la liste elle-même.
La course aux résolutions : un sport de janvier comme les autres
Chaque début janvier, les blogs et les magazines nous bombardent d’objectifs parentaux. Manger sainement, stimuler le langage, créer des souvenirs mémorables, être plus patient. La surenchère est la même que pour les régimes : on part avec une discipline de moine, on craque en février, on se sent nul.
Ce qui m’a frappée en 2015, c’est que toutes ces résolutions parlaient de quantité. Plus de purées, plus d’activités, plus de présence active. Mais personne ne parlait de ce qui manque vraiment à un parent épuisé : du vide. Du temps où il ne se passe rien. L’espace mental pour regarder le plafond pendant que le bébé dort, sans se demander si on devrait profiter de ce créneau pour préparer une pâte à modeler maison.
Ce vide, on ne se l’autorise pas quand on a un carnet de résolutions. Pourtant, c’est dans ces creux que se nichent les meilleurs souvenirs : le premier fou rire d’Anouk, déclenché par un mouchoir qui tombait du canapé, alors que j’avais renoncé à l’activité sophistiquée du matin. La sensation d’un tout petit qui s’endort sur notre ventre, sans qu’on ait rien fait d’autre que s’arrêter.
C’est ce que je retiens de janvier 2015 : l’emballement des bonnes intentions, et le soulagement silencieux quand on les laisse couler.
Pourquoi « profiter de chaque instant » est un piège
C’est la phrase qu’on entend le plus en congé parental. On te la dit à la maternité, en visite chez les grands-parents, dans un message Instagram bien intentionné. Elle paraît douce, elle est en réalité écrasante.
D’abord, elle sous-entend qu’un instant non « profité » est un échec. Quand ton bébé pleure depuis 20 minutes pour une raison que tu ignores, quand ton 2 ans refuse son manteau pour la troisième fois sous la pluie battante, quand tu vomis ta troisième gastro de l’hiver, tu as le droit de ne pas vouloir profiter. Tu as le droit de vouloir survivre.
Ensuite, elle crée une pression implicite : si chaque instant est précieux, chaque instant doit être optimisé. Alors on remplit les journées, on enchaîne les sorties, on prend des photos, on vérifie qu’on a bien « fait le plein de souvenirs ». Mais les enfants, eux, se fichent du programme. Ce qu’ils retiennent, c’est la texture d’un pull, le bruit de la pluie contre la vitre, la main posée sur leur dos quand ils pleurent. Aucune résolution « profiter de chaque instant » ne capture ça.
Ce qui restera de 2015 (et ce qui a fini au fond du placard)
Pas de top 10. Juste trois souvenirs qui surnagent.
Le mois de mars, une après-midi entière assise sur le tapis du salon à regarder la lumière bouger sur le mur avec Anouk. Le ventre de 7 mois qui pesait sur mes cuisses, l’impression de ne rien faire d’utile, et pourtant cette heure-là est restée plus vive que toutes les « sorties éducatives » de l’année.
L’été, un landau oublié dans le coffre parce qu’on avait préféré marcher lentement, Anouk accrochée à ma main, sans destination. J’avais abandonné l’application d’éveil recommandée par une copine, et c’est là qu’elle a commencé à nommer les arbres.
Le soir du 24 décembre, la purée du commerce en petit pot parce que j’avais renoncé à la grande tablée maison. On a mangé à 19h, on s’est couchés à 20h30. Le bébé a dormi 6 heures d’affilée pour la première fois. Ce n’était pas Pinterest, c’était juste nous.
Ces moments ne ressemblent à aucune résolution. Ils partagent un point commun : un adulte qui a lâché l’idée de contrôler le programme.
Moins d’équipement, plus de présence : ce qu’on garde vraiment
!A parent’s hand holding a child’s hand over a polished wooden floor, a single fallen leaf beside them, warm golden sunli
En janvier 2015, j’avais aussi noté dans mon carnet : « investir dans du bon matériel de puériculture ». Traduction : cette année, on va enfin acheter le tapis d’éveil lumineux, le babyphone vidéo et la chaise haute triple fonction.
C’est pile à ce moment-là que j’ai lu un article sur lesenfantsnomades, ce site tout neuf qui parlait de portage, de cododo et de voyages en van. La catégorie Puériculture & Équipement était encore vide à l’époque, mais le ton me parlait : arrêter d’accumuler pour compenser le manque de temps, se concentrer sur l’essentiel. J’ai rangé la carte bleue. Finalement, on a gardé le tapis en laine tout simple de la grand-mère, le transat d’occasion de la cousine, et la poussette qui gisait déjà dans l’entrée.
Aujourd’hui, quand je repense à 2015, ce n’est pas le matériel qui surgit. C’est le temps passé ensemble dans les lieux où on n’avait rien prévu. Le lien est contre-intuitif : moins d’équipement, c’est plus de temps de cerveau disponible. Chaque achat nécessite de comparer, entretenir, ranger. Chaque gadget qu’on n’achète pas, c’est une charge mentale en moins. Et ce cerveau libéré, il peut soudain se poser sur le bruit d’une respiration de nourrisson.
Lorsque j’ai préparé mon accouchement en Vendée fin 2015, j’avais une liste matérielle de dix lignes : des langes en bambou, des bodies coton, un siège auto i-Size. Rien de plus. Cette sobriété était devenue une discipline, presque une revendication. On ne s’en est jamais plaints.
La seule résolution qui tient la distance
Quand j’ai compris que toutes mes listes de janvier finissaient au même endroit (la poubelle du mois de mars), j’ai essayé une chose différente. Au lieu d’ajouter des obligations, j’ai retiré un engagement par semaine. Arrêter de répondre aux mails le samedi. Reculer l’heure du bain de 30 minutes si la journée avait été dure. Faire sauter l’activité du mercredi matin pour rester en pyjama. Chaque renoncement me rendait plus légère, plus disponible, et bizarrement plus patiente.
C’est une résolution à l’envers. Elle ne se mesure pas en cases cochées, elle se vérifie le soir quand on s’endort sans la boule au ventre. Elle dit : « cette année, je vais m’autoriser à faire moins pour ressentir plus ». Elle convient aux parents nomades comme aux sédentaires, parce qu’elle n’exige aucun matériel.
Ça ne signifie pas qu’on délaisse son enfant. Au contraire. Les activités enfants qu’on propose n’ont pas besoin d’être sophistiquées : une chasse aux cailloux, un bain libre, vingt minutes de lecture sur le lit. Si on les vit sans l’écran au-dessus de la tête qui hurle « est-ce que je profite assez ? », elles marquent durablement.
⚠️ Attention : ralentir ne veut pas dire s’isoler. Si la fatigue envahit tout, si on ne ressent plus de plaisir à être avec son enfant, il est essentiel d’en parler à une sage-femme, un médecin ou une psychologue. Une résolution ne remplace pas un accompagnement professionnel.
Et maintenant ? Un message pour les parents de 2026
!A parent writing a letter at a wooden desk by candlelight, a calendar showing ‘2026’ on the wall, soft evening light thr
Juin 2026. Anouk a 12 ans, Soan en a 10. On ne remplit plus de carnet de janvier, on n’a même plus le temps d’ouvrir un calendrier. Mais une chose n’a pas bougé : je refuse encore les injonctions à la performance parentale.
Si tu tiens un tout petit dans tes bras en ce moment, si tu sors d’une nuit hachée, si tu lis ces lignes pendant que ton enfant dort enfin, voici mon vœu de bonne année, avec dix ans de recul. Laisse tomber la liste. Aucune résolution ne remplacera le simple fait d’être là, fatigué, imparfait, présent. Ce n’est pas un appel à la paresse, c’est un rappel de ce qui dure vraiment.
Les souvenirs de 2015 qui me serrent encore le cœur, ce ne sont pas les réussites que j’avais planifiées. Ce sont les matins où on a laissé les céréales sécher sur la table pour sortir voir le jour se lever. Où on a renoncé à la « bonne mère » pour devenir simplement la mère qu’on pouvait être ce jour-là.
Alors, bonne année 2015, avec du recul, c’est le début de tout : l’année où j’ai arrêté de me battre contre moi-même pour commencer à m’écouter.
Questions fréquentes
Est-ce que les résolutions sont vraiment inutiles pour les enfants ?
Non, mais elles gagnent à porter sur le climat familial plutôt que sur des objectifs chiffrés. Une résolution du type « on chante une chanson chaque soir avant le coucher » crée du lien sans pression. L’important, c’est qu’elle soit attachée au rituel, pas à la performance.
Comment réagir quand la famille impose ses propres résolutions pour mon enfant ?
Tu peux accueillir le conseil avec un sourire et ne rien en faire. Les parents ont le droit de trier ce qui leur convient. Une phrase simple et définitive, répétée au besoin : « on a choisi de faire autrement ». Les grands-parents finissent souvent par respecter cette ligne quand elle est tenue avec calme.
Peut-on vivre une année sans aucun équipement de puériculture dernier cri ?
Oui. Un lange plat, des bodies et un lit cododo peuvent suffire. Le marché de la puériculture crée des besoins que la plupart des familles n’ont jamais ressentis avant le marketing. Avant d’acheter, on peut attendre que le besoin émerge de la vie quotidienne plutôt que d’une publicité. Le site officiel de la DGCCRF est une bonne ressource pour connaître les règles de sécurité sans se laisser influencer par les marques.
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