Le facteur a sonné un mardi midi, en plein pique-nique sur le tapis du salon. J’ai ouvert un carton aux contours un peu cabossés. À l’intérieur, un jeu de blocs en bois aux couleurs de ville : des façades, des toits, des fenêtres amovibles. On avait participé à un concours sur un blog créatif trois semaines plus tôt, presque par hasard, un soir où le sommeil tardait à venir. Et on l’avait gagné. Anouk avait alors 4 ans, Soan tout juste 18 mois. Je ne savais pas encore que ce colis allait devenir l’objet le plus trimballé de notre vie nomade.
Un concours gagné, un jeu qu’on n’a plus rangé
Pendant les deux premières semaines, le City Block est resté au milieu du salon comme une petite ville inachevée. On l’enjambait, on y ajoutait une tour au petit déjeuner, on déplaçait une fenêtre avant le bain. Aucun mode d’emploi dans la boîte, juste des blocs aux formes simples et des plaquettes de bois brut. Les enfants y voyaient une rue, un château, une école pour doudous.
On avait déjà des jeux de construction à la maison, mais celui-là racontait des histoires sans batterie ni écran. Ce n’était pas un puzzle à assembler une fois pour toutes, plutôt un décor à transformer chaque jour. Et surtout, il traversait les âges : Soan empilait trois pièces en riant, Anouk élaborait déjà des quartiers entiers avec des règles de circulation inventées.
Pourquoi ce n’est pas un simple jeu de blocs
!A stack of interlocking wooden blocks with curved edges and hidden grooves, resting on a carpet, soft afternoon sunlight
Un jeu de construction classique pose une question technique : comment empiler sans que tout tombe. Le City Block ajoute une dimension sociale immédiate, parce qu’on ne construit jamais seul devant une notice. On discute de qui met le toit, de l’emplacement du garage, du nombre d’étages autorisés avant le dîner.
Dès que deux enfants jouent ensemble, c’est une négociation permanente. Les pièces de bois ne sont pas marquées « filles » ou « garçons », elles ne dictent pas une esthétique. Résultat, on entend des « Toi tu fais l’hôpital, moi je fais le pont », puis « Ah non, je change, on échange les fenêtres ». Ces phrases valent tous les cahiers d’activités sur la coopération. Et quand un conflit éclate, la ville s’effondre parfois, mais c’est souvent l’occasion de reconstruire différemment.
La matérialité des blocs joue aussi. Le bois a une odeur, un poids. Les pièces résistent aux mains moites, aux chutes du canapé, aux roulades mal calculées. Contrairement aux briques en plastique qui peuvent s’emboîter trop précisément et frustrer le petit qui n’y arrive pas, ici les formes sont assez tolérantes pour que même un geste maladroit garde sa fierté.
Ce que mes enfants y apprennent sans que j’intervienne
J’ai observé trois apprentissages qui n’ont rien d’évident quand on déballe le carton. Le premier, c’est la gestion de l’erreur. Une tour qui s’écroule au troisième étage. Soan pleure un coup, Anouk propose de recommencer « autrement ». Au bout de quelques semaines, l’effondrement n’est plus un drame ; c’est une phase du jeu. Ce rapport apaisé à l’échec, je ne l’aurais jamais enseigné aussi bien en expliquant quoi que ce soit.
Le deuxième apprentissage, c’est la narration. Une façade rouge devient une boulangerie, puis le lendemain une caserne de pompiers parce que le camion miniature traîne à côté. Le jeu ne fournit aucune figurine, aucun script. Les enfants projettent leurs histoires. Quand on voyageait en van, les blocs nous servaient à reconstituer les villages traversés. On posait un toit pointu « comme l’église d’Obidos », une tour carrée « comme le phare de l’île d’Yeu ». Le City Block devenait notre carnet de voyage en volume.
Le troisième, beaucoup plus discret, c’est l’attention à l’espace. Placer les blocs sur une surface réduite (la table de camping-car, un coin de moquette) oblige à composer avec les limites. Les enfants apprennent à organiser, à négocier la place, à ranger pour agrandir. Cette conscience spatiale, on la retrouve ensuite quand Anouk prépare son sac à dos toute seule ou quand Soan installe son coin lecture sans déborder sur le passage.
Et quand on voyage : la version nomade sans casse-tête
!A compact fabric pouch unzipped, revealing colorful flat wooden tiles and a small cardboard map, placed on a hotel night
On a très vite testé la portabilité du jeu. Premier trajet long, un Paris-Pyrénées en hiver, le coffre chargé à bloc. Le City Block est parti dans un sac en tissu, sans boîte cartonnée qui se serait écrasée. Les pièces ont survécu aux virages en Ariège et à une chute de table de pique-nique près de Lourdes.
En van, le gros avantage d’un jeu en bois non motorisé, c’est qu’il ne demande ni pile, ni connexion, ni silence absolu. On l’installe sur la couchette, sur la banquette, parfois même à l’extérieur sous l’auvent quand le vent ne souffle pas trop. Il ne craint ni la poussière, ni un peu d’humidité. On a lavé quelques blocs à l’éponge après un goûter renversé, et c’est reparti.
Ce qui m’a surprise, c’est que le voyage amplifie l’usage. Loin de leur chambre et de leurs jouets habituels, les enfants se recentrent sur un seul objet. Ils y passent des heures, inventent des règles plus complexes, intègrent des éléments trouvés sur place (un caillou, une fleur séchée, un bouchon de liège). Le City Block devient la maison qu’on transporte avec soi, le petit bout de connu dans un lieu qu’ils découvrent. Pour les parents nomades qui hésitent à emporter un jeu encombrant, ce format se glisse dans un tote bag et remplace sans problème trois jouets à piles.
Ce que j’aurais aimé qu’on me dise avant de l’offrir
J’aurais aimé qu’on me prévienne que ce jeu rend visible l’écart d’âge comme aucun autre. À 18 mois, Soan ne comprenait pas qu’Anouk passait vingt minutes à aligner des fenêtres. Il attrapait une pièce, la balançait, et la grande sœur criait. Il a fallu accepter que le jeu ait deux temporalités parallèles. Finalement, c’est devenu une force : Anouk a appris à protéger ses constructions, et Soan a observé, imité, puis intégré le jeu à son rythme. Si vous avez deux enfants très éloignés en âge, prévoyez un petit tapis pour que chacun délimite son chantier.
J’aurais aussi aimé qu’on me dise que le bois brut attire les feutres comme un aimant. Un matin, j’ai retrouvé une tour ornée de gribouillis permanents. On a décidé que c’était un graffiti urbain, et que ça faisait partie de la ville. Depuis, on a ajouté quelques blocs peints ensemble, ce qui a transformé le jeu sans le dénaturer. C’est un objet qui accepte la vie, les traces, les ajouts.
Enfin, petite chose pratique : si vous l’emportez en voyage, prévoyez de quoi compter les pièces avant de repartir. On a égaré une fenêtre bleue dans une yourte du Lot, et elle nous manque un peu. Une photo du contenu sur le téléphone aide à vérifier qu’on n’oublie rien.
À quel âge et comment l’introduire sans diriger le jeu
!A child’s hand placing a triangular wooden block on a low table, an adult’s blurred silhouette kneeling in the backgroun
On pose souvent la question de l’âge « officiel » d’un jeu. Pour le City Block, je dirais 18 mois pour commencer à empiler, à condition de retirer les pièces trop petites si bébé porte encore tout à la bouche. Vers 2 ans, l’enfant commence à aligner des blocs en file, à reconnaître des formes. Autour de 4-5 ans, il construit des histoires complexes, des règles, des dialogues entre les bâtiments. Mais le jeu n’a pas de limite haute : j’ai vu des enfants de 8 ans inventer des systèmes de troc de fenêtres, et des ados s’en servir pour modéliser un village dans un camp de vacances.
Le piège serait de vouloir en faire un outil pédagogique explicite. Résistez à l’envie d’expliquer « c’est un triangle, c’est un carré ». Laissez les blocs parler. L’adulte peut s’installer à côté et construire aussi, sans commentaire, sans consigne. L’imitation fera le travail. J’ai appris à ne pas commencer une construction trop élaborée devant eux, parce que ça peut intimider un petit. Mieux vaut commencer avec trois blocs, puis s’arrêter. La suite leur appartient.
Si vous cherchez d’autres idées de jeux qui accompagnent l’enfant sans le formater, notre section Puériculture & Équipement détaille du matériel qui tient dans le temps.
Questions fréquentes
Est-ce que ce jeu convient à un enfant unique ?
Oui, et il y trouve une liberté différente. Sans frère ou sœur pour négocier, l’enfant déploie des univers en solo. Mon amie Camille, fille unique, voit son fils de 5 ans passer des heures à construire des villes sur plusieurs jours, avec un système de quartiers qui évolue. Parfois, l’enfant invite un parent à jouer le rôle du « visiteur » qui doit respecter les règles édictées par le bâtisseur. L’interaction est là, mais plus apaisée.
Peut-on laver les pièces en bois régulièrement sans les abîmer ?
Un coup d’éponge humide avec un peu de savon doux suffit. Évitez le trempage et le lave-vaisselle. Si le bois devient rêche, un très léger ponçage au grain fin et une huile naturelle protègent la surface. L’entretien est minime, et les taches de feutre font partie de l’histoire.
Le jeu est-il vraiment non genré ?
Aucune pièce n’est rose ni bleue, aucun personnage n’est dessiné, les formes restent neutres. Les enfants y projettent ce qu’ils veulent. Ma fille y voit aussi bien une école de danse qu’un chantier, mon fils une maison pour les peluches autant qu’une base d’astronautes. Le City Block ne ferme aucune porte. C’est un des rares jeux où je n’ai jamais entendu « c’est pour les garçons » ou « c’est pour les filles ».
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